Traversée du Breithorn, Virée Verticale

Traversée du Breithorn : la magie des 4 000 mètres

Ce récit, c’est celui d’une traversée du Breithorn qui n’était pas gagnée d’avance… Il y a bientôt six mois que j’ai contacté Nico, guide dans les Hautes Alpes avec qui nous avons déjà partagé quelques belles sorties et qui avait notamment été à l’origine de notre première virée alpine. L’idée initiale cette fois-ci ? Monter un peu plus haut, atteindre les 4 000 mètres… Et pour le reste, il avait carte blanche !

C’est finalement les 21 et 22 juillet qui seront retenus pour notre course en montagne. Nico nous propose d’effectuer trois sommets qui s’enchaînent facilement sur deux jours, à savoir le Breithorn, Castor et Pollux, trois grands classiques de la vallée d’Aoste. Mais la veille de notre départ, la météo n’est pas au beau fixe et le suspense reste entier.

A la dernière minute, une fenêtre semble se découper dans la grisaille italienne. Malgré un programme chamboulé, c’est décidé, on ne se tournera pas les pouces ce week-end…

Récit de deux jours sur le fil, entre Suisse et Italie.

 

Jour 1 : Rando glaciaire sous la grisaille

Samedi, 11h30. Nous attendons nos deux compagnons du week-end au pied du téléphérique du Plateau Rosa : Nico, notre guide, et Antoine, un corse qui n’en est pas à sa course d’essai dans les Alpes. Vous avez bien lu… 11h30 ! Une grasse matinée jamais vue pour partir sur une course d’alpinisme. Et pourtant, tout est maîtrisé. Aujourd’hui comme prévu, la météo ne nous fait pas de cadeau, et ce départ tardif nous permettra de rejoindre tranquillement le refuge du Val d’Ayas… Le tout pour être d’attaque pour la (vraie) course de demain.

Trois téléphériques et 1 500 mètres plus haut, nous voici arrivés à Testa Grigia. Le temps de s’équiper, et nous voilà tous les quatre partis. Pour une petite remontée des pistes de ski d’abord, puis à l’assaut du glacier. Le temps de nous encorder et de chausser les crampons, Nico a dégainé le GPS pour tenter d’y voir un peu plus clair dans ce ciel grisâtre dans lequel tout se ressemble.

Une ouverture dans le ciel gris d'Italie, alors que nous progressons sur le glacier, Virée Verticale
Une ouverture dans le ciel gris d’Italie, alors que nous progressons sur le glacier – © Nicolas Draperi

Tout l’après-midi, le soleil joue à cache-cache, et nous n’avons d’autre choix que de croire Nico sur parole lorsqu’il nous explique qu’à quelques mètres à gauche, le Breithorn nous surplombe de ses 4 000 mètres. Nous ne formons qu’une seule cordée, qui progresse tranquillement au rythme des quelques crevasses et des choix d’orientation du connaisseur de l’équipe. En fin de journée, contre toute attente, le soleil fini par crever les nuages… Nous découvrons enfin le paysage qui nous entoure, manteau blanc presque immaculé, percé de multiples séracs dont les chutes de morceaux de glace forment une symphonie lugubre.

l'impressionnante masse des séracs, Virée Verticale
Alors que le ciel se déchire, les nuages laissent place à d’impressionnants séracs

Nous sommes tellement ravis que nous hésitons presque à gravir Pollux, mais nous nous ravisons et préférons nous diriger vers le refuge, prendre un peu de repos en prévision du programme de demain. Une petite mousse, un bon repas et nous nous glissons dans nos sacs de couchage, le réveil réglé sur 3h30 et des espoirs plein la tête pour demain.

 

Jour 2 : Traversée du Breithorn, l’intégrale

Alors que le jour n’a pas encore pointé le bout de son nez, c’est sous un ciel constellé d’étoiles que nous démarrons notre ascension, au départ du refuge. Puisque la météo est enfin avec nous, la course du jour consistera en une traversée du Breithorn dans son intégralité.

Le Breithorn, c’est cette montagne des Alpes valaisannes, située aux portes de la Suisse et de l’Italie. Une montagne dont le nom signifie “Corne large” qui regroupe pas moins de cinq sommets. Une course variée, qui nous promet du mixte mais aussi un beau passage rocheux et qui respecte l’envie initiale : on va passer la journée à plus de 4 000 mètres d’altitude ! Pas si mal pour une première 😂

Après un démarrage à la frontale, la récompense du lever de soleil, Virée Verticale, Traversée du Breithorn
Après un démarrage à la frontale, la récompense du lever de soleil

La course démarre par l’ascension de la Roccia Nera, sommet situé à l’extrémité orientale du massif du Breithorn et qui culmine à 4 075 mètres. 800 mètres de dénivelé depuis le refuge, que nous avalons à un rythme tranquille, d’abord tous les quatre, puis séparés en deux cordées de deux sous le bivouac Rossi e Volante, alors que la pente se fait un peu plus raide. Nous sommes très vite récompensés de nos efforts matinaux. Arrivés à notre premier 4 000 de la journée, le spectacle est époustouflant : le lever du soleil inonde un océan de nuage, desquels ne percent que les plus haut sommets suisse. Partout ou porte le regard, un 4 000 majestueux : la Dent Blanche, le Weisshorn, et même le Cervin. A l’est, Castor et Pollux, qui nous ont fait tant de résistance ce weekend.

Déboucher sur l'arête, écarquiller les yeux et comprendre, en une fraction de seconde, que le réveil aux aurores en valait la chandelle, Virée Verticale, Traversée du Breithorn
Déboucher sur l’arête, écarquiller les yeux et comprendre, en une fraction de seconde, que le réveil aux aurores en valait la chandelle

Nous longeons l’arête neigeuse jusqu’à un ressaut plus vertical pour atteindre le premier gendarme (4 106 m), puis effectuons un premier rappel pour rejoindre l’arête qui file jusqu’au Breithorn Oriental. Je n’y connais pas grand chose, mais les conditions sont superbes, la neige dans laquelle nous évoluons facile à cramponner. Et cette vue ! Que du bonheur.

Repos sur le gendarme, le Cervin en toile de fond - Virée Verticale
Repos sur le gendarme, le Cervin en toile de fond – © Nicolas Draperi
Désescalade du gendarme pour notre seconde cordée, Virée Verticale
Désescalade du gendarme pour notre seconde cordée

Encore de la neige, encore du rappel… Toute la bande poursuit la traversée sur le fil de l’arête, jusqu’à atteindre le passage rocheux qui caractérise le Breithorn Central. Pour la première fois depuis ce matin, nous déchaussons les crampons pour nous attaquer à cette partie d’escalade facile. Nous changeons de configuration et reprenons la version une seule cordée, Nico en tête. Voulant éviter la partie en 4+, nous empruntons un itinéraire bis qui consiste en une traversée d’un névé pas très rassurant à mon goût. Et dire que nous avons enlevé les crampons il y a dix minutes… A tâtons, nous traversons tous la petite difficulté pour retrouver du bon rocher plein de bonnes prises. L’escalade est agréable, la roche superbe et vraiment facile à aborder. Du pur plaisir après une première partie presque exclusivement sur la neige.

 

Du sommet central, la vue panoramique sur le chemin parcouru depuis Roccia Nera, Virée Verticale
Du sommet central, la vue panoramique sur le chemin parcouru depuis Roccia Nera

L’aventure devait manquer de piment au goût de Nico, qui a laissé échapper son beau piolet en carbone acheté à peine quelques jours avant ! Et pourtant, le miracle s’est produit : la chute s’est arrêtée quelques dizaines de mètres plus bas, à un cheveu du bord. Un petit rappel éclair pour notre guide, le temps de récupérer son précieux piolet avant d’entamer la dernière ligne droite. Pour terminer notre traversée du Breithorn, nous poursuivons sur le fil de l’arête, très cornichée sur cette portion. Par une légère descente, nous rejoignons la selle et attaquons la dernière montée du jour, direction le sommet ouest du Breithorn. Il y a du gaz des deux côtés, l’occasion d’illustrer la théorie du “si je tombe à droite, tu te jettes à gauche”… Mais je ne la mettrai pas en pratique !

Nous y sommes enfin. Après 6h d’une traversée magique, nous foulons le Breithorn Occidental et ses 4 164 mètres, un peu fatigués mais surtout tellement heureux. Il nous reste une belle descente jusqu’au téléphérique, que nous rejoindrons sans encombre alors que le mauvais temps, qui semble nous avoir accordé une trêve de courte durée, fait à nouveau son apparition sur les montagnes italiennes.

La photo souvenir au Breithorn Occidental, dernier sommet de notre traversée, Virée Verticale
La photo souvenir au Breithorn Occidental, dernier et plus haut sommet de notre traversée

Bilan de cette traversée du Breithorn : une course hyper variée, des paysages enchanteurs (surtout sous le beau temps), et une cordée au top ! Ces deux jours ont été mémorables, et m’ont surtout beaucoup appris sur le milieu alpin et le déroulement d’une course. Alors que j’étais plutôt dépassée lors de mes précédentes expériences encadrées, je me suis sentie à l’aise, j’ai compris les manips et suis capable de les réaliser sans problème. Bien sûr, d’ici à conduire une cordée sur une course pareille, il y a un pas de géant ! Mais cette belle expérience m’a donné envie de partir, en autonomie, à l’assaut de quelques courses alpines très faciles pour voir ce que je vaux et surtout me faire la main !

 

Alors promis, je vous raconterai dès que j’aurai l’occasion de me lancer !

A très vite pour plus de virées en montagne,

Estelle

7 commentaires sur “Traversée du Breithorn : la magie des 4 000 mètres

  1. Superbe commentaire et photos qui donnent tellement envie à la mamie que je suis – 75 ans et pleine de souvenirs de ses courses , qd elle était jeune , avec le CAF – de rechausser les crampons … Bravoet merci ! …

    1. Merci de votre commentaire… Je suis sûre que vous en auriez bien plus à raconter sur toutes ces belles courses que vous devez avoir à votre actif ! Très bonne journée à vous 🙂

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