Traversée des Aiguilles Rouges à skis - Virée Verticale

Traversée des Aiguilles Rouges : la version hivernale

Dénivelé : 1 030 mètres
Distance totale : 16,8 kilomètres
Altitude min/max : 1 330 / 2 700 mètres
Durée : 6 heures, en comptant les pauses !

 

Lundi 3 avril. Il a neigé pendant deux jours mais le soleil est de retour, et la bande de copains nous a concocté une belle traversée des Aiguilles Rouges à skis. Trois mois après mon entorse, je chausse les skis pour la deuxième fois de la saison, et comme ça fait du bien ! Récit d’une journée très (trop ?) riche en émotions.

 

Chronique d’une escapade audacieuse

 

Combe des Aiguilles Crochues, ou le paradis des conversions

A 8h, nous sommes tous les 9 au pied du téléphérique de la Flégère, prêts à en découdre. 9 camarades, on se croirait presque dans le film “Les Aiguilles Rouges” de Jean-François Davy, en espérant tout de même ne pas connaître le même épilogue que la troupe des Aigles à l’époque. Le temps d’acheter les tickets, nous ne réussirons malheureusement pas à attraper la première benne. A croire que nous ne sommes pas les seuls à vouloir profiter des dernières sorties rando ! Guidée par Nico et son papa qui ont bien bossé sur l’itinéraire, c’est à la Flégère que la petite troupe chausse les skis pour partir en direction du Col des Aiguilles Crochues 🏔.

Départ de la Flégère - Virée Verticale
La team s’élance sous un soleil printanier

Je monte à un rythme tranquille, ça ne me dérange pas de fermer la marche ! D’autant que mes compagnons du jour n’en sont clairement pas à leur premier effort de la saison… Contrairement à moi qui manque cruellement de cardio après mes trois mois d’immobilisation. La remontée le long des pistes m’est un peu difficile, et j’appréhende un peu celle de la Combe des Aiguilles Crochues. Vu d’en bas, ça à quand même l’air bien raide ! Arrivée à la combe, je me sens finalement plus en forme. La montée est effectivement rude et les conversions nombreuses, mais j’ai retrouvé la technique ! Plus nous montons, plus les conversions sont aériennes. Alors que quelques amis sont forcés de parcourir les derniers mètres à pied, j’arrive au sommet sans déchausser, le grand luxe 👌 ! Bilan de la montée : physique, mais je me suis vraiment fait plaisir.

 

Tournant au Col des Aiguilles Crochues

Nous ne sommes pas seuls au Col et la journée prend une tournure inattendue et un peu angoissante. Face à nous, sous la pointe Alphonse Favre, les secours s’affairent pour aider plusieurs victimes d’une avalanche qui s’est produite à peine quelques minutes plus tôt. Je reviendrai rapidement sur cet accident en fin d’article. Des anglais complètement paniqués nous demandent de redescendre, mais sur les conseils de Philippe, nous décidons de continuer pour deux raisons. D’abord, l’itinéraire que nous suivons ne présente pas de risque majeur, et nous passons en versant nord. Ensuite, descendre par la combe que nous venons de monter s’annonce compliqué : la pente est raide et la neige a commencé à se transformer.

Après une courte pause bien méritée pour avaler du sucre et admirer les merveilleux paysages qui nous entourent, c’est l’heure de dépeauter pour attaquer la descente (rendez-vous à la page du lexique montagne pour la définition !).

Virée Verticale vue aiguilles crochues
Vue depuis le col des Crochues

La première partie est vraiment tranquille et agréable, même si la neige est un peu lourde. Nous devons ensuite entamer une traversée sous les arêtes, partie la plus exposée de notre itinéraire mais qui ne s’étend que sur quelques centaines de mètres. Chacun notre tour, nous nous élançons dans une trace large d’à peine un mètre pour rejoindre l’autre extrémité des arêtes. Clément étant en splitboard, il n’arrive pas à avancer sur cette pente trop douce et pas assez large. Il finit par déchausser pour terminer à pied. Toute la team est un peu sur les nerfs après cet épisode. La décision est prise, nous allons légèrement raccourcir l’itinéraire et directement rejoindre le Col de Bérard, sans longer la crête.

traversee-aiguilles-rouges-viree-verticale
Panorama des Aiguilles Rouges avant d’attaquer la montée au Col de Bérard

 

On décompresse jusqu’au Col de Bérard

Remise de ses émotions, la petite troupe repeaute et attaque la montée en direction du Col de Bérard. Rien à voir avec notre précédente ascension. Ici, il s’agit d’une montée régulière et plutôt tranquille. Juste ce qu’il nous fallait 😀 ! Nous rejoignons rapidement le col, où nous rangerons définitivement les peaux pour aujourd’hui.

J’aime beaucoup le format “traversée” d’un massif à skis. Il permet d’alterner montée et descente et d’éviter la monotonie d’une ascension trop longue. Ou le mal de cuisses d’une descente interminable 😆 ! Je trouve l’effort plus gérable quand on sait que les montées seront entrecoupées de belles descentes, et inversement. Bref, je clôture l’aparté et continue mon récit… on passe à la dernière descente !

 

Tout schuss (ou pas) jusqu’au village du Buet

La première partie de la descente dans la Combe de Bérard est assez raide et je ne suis pas hyper à l’aise. Je compte vraiment faire un stage de ski hors piste l’hiver prochain, histoire d’être plus confiante quel que soit le terrain ⛷. En attendant, il faut tout de même y aller ! Comme ma cheville n’est pas complètement remise, je descends tranquille et avec précaution. Autant éviter d’aggraver mon état juste avant la saison estivale. Au fur et à mesure, la pente s’adoucit et la suite de la descente est excellente. La neige est meilleure et on se fait tous plaisir… quitte à prendre un peu trop la confiance ! Et la palme de la gamelle est décernée à… Micka 😋 (désolée, pas de photo à l’appui, il s’est relevé trop vite) !

Plus on descend, plus la neige est lourde et collante ; ça fait bosser les cuisses. Puis, quelque part aux alentours de l’endroit où se trouve le refuge de la Pierre à Bérard en été, on s’installe tous les 9 pour un pique-nique bien mérité.

Dernière ligne droite jusqu’à la cascade à Bérard et au village du Buet. Je pense qu’on a plus poussé sur nos bâtons qu’autre chose sur cette portion (mention spéciale à Clem et sa splitboard). Cela dit, la petite balade à travers les sapins pour terminer la journée avait quelque chose de magique ! Avant de rejoindre le parking, passage obligé à la buvette du village, où nous nous délectons d’une bonne bière pour certains, et d’un café pour les plus sages 🍺.

 

Quelques photos souvenirs de notre expédition :

 

Les conditions de notre traversée des Aiguilles Rouges

Cette sortie était superbe, mais a tout de même apporté son lot de stress. Ce bilan ne serait pas complet si je ne revenais pas sur les conditions dans lesquelles nous avons évolué ce jour-là.

Nous sommes au mois d’avril, et pourtant les conditions sont hivernales ❄. En cause : les importantes chutes de neige des jours précédent, et le redoux annoncé pour la journée, qui va causer une importante humidification du manteau neigeux. Nous avons prévu un départ assez tôt pour passer le premier col avant les heures chaudes de la journée. Cela nous permet d’éviter de monter sur une neige qui a trop chauffée, qui est donc humide et plus propice à un déclenchement d’une avalanche de neige lourde. Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite également à consulter mon article Neige & Avalanche, qui constitue une bonne base pour comprendre les situations à risque.

Nico et son papa, qui nous guident, n’ont pris aucun risques et ont vraiment bien géré la sortie. La Combe des Aiguilles Crochues, par laquelle nous amorçons la journée, n’est pas exposée au risque d’avalanche si l’on respecte quelques principes de bases, et notamment d’y passer le plus tôt possible. Sur notre droite, les arêtes qui nous séparent du Lac Blanc sont par contre le théâtre de plusieurs coulées, petites mais impressionnantes, qui dévalent les pentes raides dans un bruit assourdissant. Le seul passage pour lequel nous devons redoubler de vigilance, c’est celui qui longe les arêtes entre le Col des Crochues et le Col de Bérard, qui nous a causé une petite montée d’adrénaline parce qu’il n’était pas adapté à la splitboard.

 

Accident sous la pointe Alphonse-Favre

Avant de clore cet article bilan, je tiens à vous parler rapidement de l’accident qui s’est produit, non loin de notre itinéraire, ce lundi 3 avril. Je ne suis pas journaliste et n’entrerai pas dans les détails. Il ne s’agit pas non plus de décourager les débutants, mais simplement d’être transparente. Car, comme je l’ai dit plus haut, cet épisode a eu un impact psychologique sur notre sortie.

Vers 11h, alors qu’ils gravissaient le couloir qui mène à la pointe Alphonse-Favre, plusieurs randonneurs sont emportés par une avalanche de plaque. Emmanuel Cauchy, urgentiste et guide de haute montagne, décède dans l’accident. Il y aura aussi quatre blessés, évacués sur l’hôpital de Sallanches. Urgentiste spécialiste des secours en montagne, Emmanuel avait notamment opéré Elisabeth Revol après son expédition au Nanga Parbat, et il manquera cruellement au milieu de la montagne français.

 

Bilan d’une journée pleine d’émotion

Je garde malgré tout un super souvenir de cette journée, notre première sortie à skis avec toute l’équipe ! En prime, nous avons eu un temps magnifique. Certes, les risques étaient marqués sur le massif du Mont Blanc. Mais nous ne nous sommes pas mis en danger et nous n’avons pas pris de décisions précipitées. Parfois, tout ne se déroule pas comme prévu. Assister à cet accident d’aussi près nous a tous affecté au point de douter de notre propre sécurité. Lorsque vous sortez en montagne, il vous faut être parfaitement conscients des conditions et adapter vos itinéraires en fonction. Ne prenez pas de risques et ne vous mettez pas en danger inutilement. La montagne est belle, il faut qu’elle le reste !

Trace de la traversée des Aiguilles Rouges - Virée Verticale
Notre traversée des Aiguilles Rouges

A très vite pour un nouvel article 😁 !

Estelle

1 commentaire sur “Traversée des Aiguilles Rouges : la version hivernale

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *