Ski de randonnée Hautes Alpes

Neige et Avalanche : décider oui, mais surtout bien décider !

Il y a quelques jours, vous avez pu découvrir un article très théorique qui traitait des différents types de neige et de la formation d’une avalanche. Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à le lire avant de continuer cet article ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le rôle de l’humain dans la prise de décision et dans le risque avalanche, ainsi que quelques outils pratiques destinés à simplifier cette prise de décision et à nous donner des automatismes pour analyser les situations dangereuses. Ces informations sont là encore tirées de la formation Neige et Avalanche de la FFME, accessible à tous ! Renseignez-vous sur les prochaines sessions de formation !

 

Facteur humain

Dans la pratique du ski de randonnée, l’accident est en fait causé par deux choses : une situation propice, c’est ce que nous avons décortiqué dans l’article précédent, et une mauvaise décision. C’est là qu’entrent en jeu les facteurs humains. Un grand monsieur, du nom de McCammon, s’est penché sur la question et à identifié pas moins de six comportements qui influencent notre prise de décision :
l’habitude, le piège le plus fréquent, qui nous fait croire que le risque est nul parce qu’on connait l’endroit,
l’obstination, cette envie qu’on connait tous d’arriver au sommet coûte que coûte,
l’aura de l’expert, comportement qui consiste à faire confiance à celui qui se positionne en expert,
le positionnement social, cette compétition inconsciente entre deux groupes,
le désir de séduction, lorsqu’on veut montrer ce qu’on sait faire (et pas forcément à sa nouvelle copine, attention !),
la sensation de rareté : “c’est maintenant ou jamais, on aura pas ces conditions une deuxième fois dans la saison !”

L’objectif, c’est de réussir à contrebalancer ces comportements. D’une part grâce au consensus au sein du groupe, et d’autre part en s’appuyant sur des outils élaborés pour simplifier la prise de décision.

 

Vue sur le massif des Ecrins - Ski de randonnée
Vue sur le massif des Ecrins – souvenir de ma toute première virée ski de rando

 

Outils d’aide à la décision

Pour enrayer ces facteurs humains et dé-complexifier la prise de décision, il existe plusieurs outils mis à la disposition des randonneurs que nous sommes. Il en existe de nombreux, je vais vous parler de ceux qui me semblent les plus simple à utiliser. Je me répète, mais n’hésitez pas à vous adresser aux spécialistes de la fédération pour connaître les autres méthodes !

 

La méthode de réduction élémentaire :

Elle consiste à dire qu’en fonction du niveau de risque (sur une échelle de 1 à 5, puisque le risque zéro n’existe pas), on évite certaines pentes. Le niveau de risque est indiqué dans le Bulletin de Risques d’Avalanche, nous en reparlerons un peu plus bas.

Méthode de réduction élementaire pour estimation du risque avalanche

Par exemple, avec un risque 3, on évite les pentes supérieures à 35°. Pour les débutants (tableau de droite), l’échelle est décalée de 5°. Un débutant évitera donc les pentes supérieures à 30° dans une situation de risque 3. C’est une méthode simple, donc forcément moins précise que d’autres méthodes. Elle permet cependant de prendre la décision sur la base d’un indicateur clair, et est très facile à mettre en place, même pour des débutants.

 

Le Nivotest 2 :

Il est composé d’un disque de poche et de deux listes de questions, qui portent sur le groupe de randonneurs, les caractéristiques de l’itinéraire choisi et les conditions météorologiques des jours précédents. Il suffit de tourner le disque pour répondre aux questions le plus précisément possible. Une fois les réponses apportées, un pictogramme indiquant le niveau de risque apparaît au dos du disque. Il s’agit d’un outil simple d’utilisation, qui peut être acheté sur le site de l’Anena. Il a également été décliné sous forme d’application, elle est disponible dans l’Apple Store et le Play Store, à peu près au même tarif que la version papier. C’est un outil intéressant pour le débutant, parce qu’il peut servir de checklist des différents points à vérifier avant de partir.

 

La méthode 3×3 :

C’est une méthode beaucoup plus complète, rationnelle et qui laisse une marge d’appréciation au groupe, puisqu’elle fait aussi appel à des règles de bon sens et à notre sens de l’observation. Elle consiste à procéder à une analyse en trois temps : au moment de la préparation de la sortie (niveau global), pendant l’approche (niveau local), et directement dans la pente (niveau zonal). Il y a aussi trois domaines d’analyse (d’où le nom 3×3 !) : le groupe, les conditions nivologiques et météorologiques, le terrain. Dans chacune des cases, on identifie un certain nombre d’éléments à analyser. En fonction de la réponse, on attribue un voyant vert, orange ou rouge. L’objectif : avoir le maximum de voyants au vert ! Si on a un voyant orange, il faut redoubler de vigilance. Si plus d’un voyant est orange ou si l’on a identifié un voyant rouge, c’est peut-être le signe qu’il faut faire demi-tour. Tout cela est très bien illustré dans la présentation de la fédération.

 

Exemple de paramètres à prendre en compte pour évaluer le risque - Méthode 3x3 risque d'avalanche
Exemple de paramètres à prendre en compte – Issu de la présentation de la FFME

 

Il s’agit d’une méthode qui regroupe de nombreux paramètres. Elle peut être longue à mettre en place, mais plus vous l’utiliserez, plus vous identifierez les voyants rapidement. En observant la situation, vous serez, avec l’entraînement, capables de remplir les cases du tableau presque automatiquement. Le secret, comme toujours, c’est la pratique !

 

D’autres outils…

D’autres éléments peuvent également nous aider à identifier le risque :

• Les cartes IGN, ou les cartes des pentes. Couplées à la méthode de réduction élémentaire, et donc à l’échelle du risque, elles permettent d’éviter les pentes les plus exposées. Il est aussi possible d’utiliser l’application Géoportail (un classique pour les fans de montagne !) pour faire apparaître les pentes.

• Le Bulletin des Risques d’Avalanche (BRA), mis à jour tous les jours en fin d’après-midi par Météo France. Il s’agit d’un élément indispensable, qu’il faut s’entraîner à lire pour repérer les éléments importants. Il existe des bulletins par région, par département, par massif et même parfois des bulletins spécifiques à une partie précise d’un massif. Le bulletin contient plusieurs éléments : l’indice de risque, situé entre 1 et 5 ; la rosace, qui donne les pentes les plus exposées ; le texte, qui donne des précisions. Il est très important d’être capable de lire ce bulletin et d’en retirer les bonnes informations. L’orientation par exemple, aura une grande importance : un versant est sera exposé au soleil en premier, il faudra donc s’y rendre très tôt pour éviter une avalanche de neige humide, due à l’action du soleil. Plusieurs indices peuvent apparaître sur le bulletin. 1 –> 2 signifiera par exemple que le risque évolue de 1 à 2 au cours de la journée (à cause de l’action du soleil par exemple). 2/3 indiquera que différents endroits du massif ne présentent par le même degré de risque. Le risque peut également différé en fonction de l’altitude. N’hésitez pas à vous entraîner en regardant les bulletins de façon régulière, et en vous adressant à des professionnels qui pourront vous expliquer ces bulletins. Cet article vous aidera peut être à mieux comprendre le bulletin, et à définir les compétences nécessaires pour l’utiliser de façon optimale.

• Les tests de stabilité du manteau neigeux. Pour compléter les différents outils mentionnés, il est également possible (et important) d’étudier la matière directement responsable des avalanches : la neige. L’ANENA a rédigé un rapport complet sur le sujet, téléchargeable sur leur site gratuitement via le lien ci-dessus, qui explique les différentes techniques pour étudier le manteau neigeux et les différentes couches qui le composent. Sachez qu’avant de s’attaquer à ces test, il est important de procéder à une inspection visuelle des pentes lorsque la visibilité est bonne : il peut être relativement facile de détecter des signes d’activité avalancheuse récente, des zones d’accumulation, la présence de corniches, etc. Il existe différents tests décrits par l’ANENA, mais ils sont tous semblables sur un point : ils demandent de la pratique, et il n’est pas toujours évident au début de savoir quoi chercher ! Il ne faut là encore pas hésiter à s’entourer de connaisseurs et à pratiquer, notamment lorsque vous avez un peu de temps en fin de sortie ou pendant la pause pique-nique !

 

Ski de randonnée Hautes Alpes
©ClemBelleudy

 

Pour aller plus loin

Une fois le risque évalué et la décision prise de sortir, il est également important de savoir faire sa trace. Au-delà de choisir un bel itinéraire, il faut aussi anticiper les risques et tracer l’itinéraire le plus sécurisé possible. Comme déjà abordé, l’utilisation des cartes des pentes ou d’un inclinomètre permettra aux randonneurs d’apprécier le degré des différentes pentes et de choisir l’itinéraire le plus adapté au groupe. Et ce, aussi bien à la montée qu’à la descente ! En tout cas, l’idée, c’est de toujours anticiper. Il s’agit là encore d’un exercice difficile, mais qui deviendra de plus en plus simple avec la pratique 😉.

De nombreux paramètres sont à prendre en compte. Nous avons parlé des pentes, mais il peut aussi y avoir des risques de chute de pierres, de séracs, il faut aussi identifier s’il est possible de passer tous ensemble ou s’il est impératif d’y aller un par un pour éviter de trop solliciter le manteau… Vous l’aurez compris, sécuriser sa sortie, c’est tout un art ! Ne vous découragez pas, prenez le temps d’intégrer l’ensemble de ces paramètres, et entourez vous de personnes expérimentées pour vous faire la main ! Je suis dans le même cas que vous, et c’est pour cela que j’ai rejoint un club, plein de passionnés comme moi et qui, pour certains, maîtrisent ces outils et sont capables de transmettre leurs connaissances !

J’ai volontairement évité de vous parler du matériel de sécurité : DVA, pelle et sonde, le trio indispensable pour partir en randonnée à ski. A ce sujet, je vous encourage à participer aux formations spécialisées dans la recherche de victimes. Elles vous permettront d’apprendre à utiliser le Détecteur de Victimes d’Avalanche, et de vous mettre en situation avec un seul but : vous préparer pour qu’en cas d’avalanche, vous soyez capable de travailler vite et efficacement pour secourir les victimes.

 

Je vais vous laisser digérer toutes ces infos, qu’il vous faudra mettre en perspective grâce à vos échanges avec des professionnels et autres passionnés amateurs ! L’objectif de ces deux articles spécial Neige & Avalanche : dégrossir un peu la théorie, et vous permettre d’avoir une première vue d’ensemble concernant l’appréciation des risques d’avalanche en montagne !

On m’a récemment conseillé le livre de Philippe Descamps et Olivier Morel, “Avalanches : comment réduire le risque”, qui propose des retours d’expériences et évoque des outils pratiques pour nous aider à faire les bons choix aux bons moments. Je vais prochainement me mettre à la lecture de cet ouvrage, et peut être que je compléterai alors cet article !  Et vous, avez-vous participer à d’autres formations intéressantes ? Avez-vous des exemples de mise en pratique des outils d’aide à la décision ? Comme toujours, n’hésitez pas à compléter ces infos avec vos retours d’expérience !

A très vite pour de nouvelles aventures, avec (si le temps le permet) de la mise en pratique pour la prochaine fois 😁 !

Estelle

4 commentaires sur “Neige et Avalanche : décider oui, mais surtout bien décider !

    1. Bonjour Philippe,
      Effectivement je n’en ai pas parlé, je pense qu’il s’agit de paramètres que j’ai mentionné à plusieurs reprises dans les deux articles et qu’on retrouve dans d’autres méthodes.
      Il est intéressant de la mentionner tout de même, merci pour cette remarque.

  1. Bonjour Estelle, merci encore pour cet article. J’ai juste une précision à ajouter : le Nivotest, on ne le pratique pas chez soi lors de la préparation, mais uniquement durant la course avant un passage clé. Certains critères demandent d’être sur place pour les renseigner. Pour la phase de préparation, on peut aussi évoquer la méthode de réduction professionnelle, je peux t’envoyer de la doc si tu veux. Tu la trouveras aussi dans le bouquin de Philippe Descamps que tu mentionnes dans ton article.
    A plus.

    1. Bonjour Nicolas,
      Effectivement, je n’ai pas pensé à préciser qu’il était à utiliser sur place, tu fais bien de le souligner !
      Je ne connaissais pas la méthode de réduction professionnelle, a-t-elle un lien avec celle de réduction élémentaire ? N’hésites pas à m’envoyer de la doc à ce sujet 🙂
      Bonne journée !

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