Grand Lac - Arêtes de la Bruyère

Mon initiation à l’alpinisme et à la course d’arêtes

28 juillet 2017. Ce week-end, je troque la chaleur étouffante de Lyon contre l’air réparateur des Hautes-Alpes. Stan et moi avons un programme prometteur : demain matin, nous retrouvons Nico, guide de haute montagne qui connait le parc des Écrins sur le bout des doigts et avec qui nous avons fait une initiation ski de rando l’hiver dernier. Cette fois-ci, nous n’aurons pas de peaux de phoques mais des « grosses » aux pieds pour parcourir les arêtes, et ça risque de changer quelque peu la perception du relief !

Nous arrivons à la Grave à l’heure du dîner. Le gîte des Terrasses Ensoleillées est un peu rustique mais plein de charme, et nous ne sommes pas déçus par les talents culinaires de Laurent.

Mon téléphone sonne, c’est Nico : pour raison perso, il ne pourra pas être avec nous ce week-end. Les émotions se succèdent dans ma tête, et j’en déduis qu’on va probablement transformer notre initiation à l’alpinisme en randonnée pédestre à travers le massif des Ecrins ! Notre incertitude ne durera pas très longtemps, deuxième coup de téléphone, un certain Mathieu, qui se présente comme un collègue de Nicolas et qui se propose de remplacer notre ami guide pour les deux jours suivants. Impatients et détendus, nous regagnons notre cocon du week-end. Demain, départ matinal pour notre première course d’arêtes !

La Meije sous les nuages - week-end arêtes
La Meije sous les nuages

Découverte de la course d’arêtes

8h30 au Pont de l’Alpe, dernier tri du sac à dos sur les précieux conseils de Mathieu. Pour ceux qui chercheraient une technique infaillible pour limiter le poids de leur sac, ne cherchez plus, j’en ai une. Car l’avantage de n’avoir emporté qu’un petit sac de 22L c’est… qu’on n’a pas la PLACE de porter plus ! Heureusement pour moi, les garçons ont été moins malins et j’échappe au portage de la corde et autre matériel commun !

La marche d’approche en direction des arêtes de la Bruyère dure deux heures, et j’en profite pour essayer de m’habituer aux énormes chaussures qui vont me tenir compagnie pour le reste du week-end. Côté précision, on a connu mieux. L’avantage, je suppose que c’en est un en hiver du moins, c’est qu’elles tiennent chaud ! Le paysage est époustouflant, et nous apercevons bientôt au loin notre destination, les magnifiques arêtes de la Bruyère. Après un passage qui tend plus vers l’escalade que la randonnée, nous atteignons le Grand Lac. Juste au dessus se trouve notre point de départ.

Vue sur les Ecrins - direction les arêtes de la Bruyère
Marche d’approche – Massif des Ecrins

L’appel du rocher

Encore quelques mètres, et nous sortons les baudriers et toute la quincaille de l’alpiniste moderne. Mon enthousiasme est à son comble, comme à chaque fois que je pose les doigts sur un nouveau morceau de roche calcaire. Mais je vous rassure, la première longueur m’a (très) vite fait déchanter ! Je suis en bout de cordée, ma mission : ramasser les protections. Il faudrait déjà que j’arrive à grimper et entre le rocher patiné et les « grosses », ce n’est pas chose facile ! Mais une fois cette première difficulté passée, la vue imprenable sur les alentours et sur le Grand Lac quelques mètres plus bas me redonnent un coup de boost.

Les longueurs s’enchaînent. La longueur fixe qui me sépare de Stan puis de notre guide s’avère quelquefois compliquée à gérer. La corde doit rester tendue, ça, c’est la théorie ! Mais en pratique, entre les moments où j’avance trop vite et où la corde pendouille entre nous, et les passages plus techniques où je me sens tirée en avant par l’avancée rapide de mes collègues, la tâche n’est pas de tout repos !

C’était donc ma minute critique. Sachez quand même que cette course, c’est du 100 % positif ! Les arêtes de la Bruyère, c’est avant tout une vue incroyable sur le Parc National des Ecrins, et la sensation d’être actrice de ma progression à travers les nombreuses manips et les différents rappels. Là-haut, en équilibre sur le fil tendu entre deux vides, le sentiment de liberté est tel que j’aurais voulu ne jamais devoir redescendre. Je dois pourtant m’y résoudre, le mauvais temps nous guette, et nous avons à peine le temps de rejoindre le parking que des sceaux d’eau nous tombent sur la tête !

La seule chose que j’ai en tête : vivement la journée de demain !

 

A l’assaut du Râteau Ouest

Dimanche, réveil aux aurores. Notre enthousiasme descend d’un cran lorsqu’on découvre la tempête derrière nos fenêtres. Et pourtant, message de Mathieu : pas de problème du côté de la Meije, l’activité est maintenue ! Un peu dubitatifs, nous rejoignons le guide au pied du téléphérique des Glaciers de la Meije. Départ de la Grave, direction les 3 200 mètres d’altitude. Changement de décor radical là-haut, tout est d’un blanc immaculé. C’est enfin l’heure de faire nos premiers pas sur glacier, crampons bien accrochés aux chaussures et piolet à la main !

Première neige 2017

La première partie de la progression s’apparente à une randonnée classique, si on met de côté le kilo d’équipement additionnel et la corde qui nous relie les uns aux autres. Il y a quand même de nombreux paramètres à prendre en compte pour faire la trace. Les crevasses à éviter évidemment, mais il faut également faire attention aux éventuelles chutes de glace et au risque d’avalanche en fonction de l’inclinaison des pentes qui nous entourent. D’ailleurs, à ce sujet, je vous raconterai dans un autre article la journée de formation Neige et Avalanches, organisée par la FFME et à laquelle j’ai participé pour me rapprocher un tout petit peu de mon objectif de devenir autonome en montagne.

Nous atteignons ensuite une partie beaucoup plus inclinée, c’est ici que nous allons nous entraîner à la progression sur glace grâce au piolet et aux crampons. Mathieu passe en premier, il visse des broches à glace au sol, qui nous servirons d’équipement de protection (elles fonctionnent comme une dégaine en cas de chute !). Il pose son relai, puis c’est à nous d’attaquer la montée ! La technique : planter le piolet dans la glace, en le tenant assez bas pour donner la bonne impulsion. Ensuite, monter un pied, planter l’avant du crampon le mieux possible, et faire de même avec le pied gauche et ainsi de suite. J’ai l’impression d’être une gamine qu’on emmène à la mer une fois dans l’année ! A ce moment, je crois que rien ne pourra attaquer mon moral !

Ascension du Râteau Ouest Virée Verticale
Ascension du Râteau Ouest

Un air de déjà-vu

Nous continuons notre randonnée glaciaire jusqu’à atteindre le pied du Râteau Ouest. C’est enfin l’heure de la pause-café bien méritée ! C’est également ici que nous abandonnons pour un temps notre piolet et nos crampons. Ils ne nous serviront pas pour la suite car nous quittons le manteau neigeux pour mettre en pratique les techniques de progression sur arête découvertes hier ! Plusieurs longueurs, dans l’ensemble plus faciles que celles d’hier, et nous atteignons le sommet Ouest du Râteau. La vue est magnifique, le village de la Grave en contrebas, des montagnes dans toutes les directions. Et surtout la Meije, grande sœur de notre sommet du jour, que nous apercevons entre deux nuages.

La descente est vertigineuse et impressionnante, j’ai le privilège de passer la première puisque je suis la plus légère. Mathieu quant à lui assure la cordée du haut. Nous retrouvons notre matériel intact, et repartons pour une promenade sur la neige estivale. Elle nous joue des tours, avec sa fine couche qui recouvre les crevasses. J’espère de tout mon cœur ne pas en rencontrer une en chemin. Notre progression est assez rapide, car Mathieu nous explique que nous sommes dans un couloir où les risques de chute de morceaux de glace sont importants. Comme les blocs éparpillés autour de nous confirment la théorie, je ne m’attarde pas ! Quelques minutes encore et nous distinguons la gare du téléphérique, qui annonce la fin de notre aventure alpine.

Assurage sur le Râteau Ouest - Virée Verticale
Concentrée sur l’assurage – ©StanVdvn

Premiers pas… d’une longue série !

Cette fois-ci, le bilan se fera autour d’une mousse au village de la Grave. C’est ici que nous nous séparons de notre guide. Mille mercis à Mathieu pour sa bonne humeur et ses précieux conseils. Si vous cherchez un guide pour découvrir les Hautes-Alpes, allez-y les yeux fermés !

Grâce à lui, ma volonté d’explorer les montagnes est encore plus grande qu’il y a deux jours. Alors promis, on se retrouve bientôt pour un nouvel article !

Estelle

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